À venir.

Fier témoin de ses bâtisseurs, l’église de Saint-Ubalde est le fruit du dur labeur des colons venus s’installer dans les montagnes au nord de Saint-Casimir, territoire de la seigneurie des Grondines. Cette église qui fait partie des réalisations architecturales les plus marquantes du comté de Portneuf[1] est l’œuvre de l’architecte français Paul Cousin (1841-1895) établi à Québec et a été construite à partir de pierres de Saint‑Ubalde même.

        «Sur une petite éminence, au centre de la paroisse, s’élève gracieusement une chapelle de bois, éclatante de blancheur, et surmontée d’un joli clocher.[2]»

Bien que l’érection canonique du village de Saint-Ubalde, dont le nom rend hommage à l’un des premiers colons, Ubald Gingras, ait eu lieu en 1866, ce n’est qu’en 1881 que débute les travaux de construction de l’église[3] . Elle remplacera une première chapelle de bois élevée sur un solage de pierres construite quelques années auparavant, en 1871, qui sera alors convertie en presbytère.

En plus de l’église et du presbytère, l’ensemble du site paroissial comprend le cimetière, l’ancien couvent des Sœurs servantes du Saint-Cœur de Marie, ainsi qu’un monument du Sacré-Cœur et un monument commémoratif en hommage aux pionniers.

Lors de sa bénédiction le 28 septembre 1882, l’église, construite 4 pieds moins haute que selon les plans d’origine, ne possède qu’un clocher temporaire et ne possède pas encore de sacristie. Quelques années plus tard, le rond-point derrière le chœur ne répond définitivement plus aux besoins. Ainsi, en 1895, l’architecte Georges-Émile Tanguay (1858‑1923) de Québec réalise les plans de la sacristie en pierre qui s’harmonisera parfaitement à l’architecture d’origine de l’église, comme un prolongement du chœur.

Le 12 mars 1885, c’est la bénédiction des trois cloches de l’église : « Marie-Joseph », « Anne Joachim Jean-Baptiste » et « Ubald Jean Octave Edouard George ». Fabriquées par la fonderie Henry Mc Shane & Cie, de Baltimore au Maryland, elles sont acquises pour la somme de 397,90$[4] .

Bien que bénie depuis plusieurs années, ce n’est qu’en 1905 que les travaux du décor intérieur de l’église sont amorcés. C’est une fois de plus Georges-Émile Tanguay qui est chargé des travaux et il réalisera un décor d’une grande opulence, voire éclectique[5] . La même année, on songe également à enfin remplacer le clocher qui était jusqu’alors temporaire. Durant cette période de travaux, le maître-autel et les deux autels latéraux sont réalisés par Joseph Giroux (1864-1917), entrepreneur de Saint‑Casimir. Enfin, le dernier ajout d’importance à l’église sera l’orgue Casavant, installé au jubé en 1929.

Malgré les modifications majeures effectuées au décor intérieur dans les années 1960, l’église de Saint-Ubalde demeure un magnifique exemple du travail architectural luxuriant de Georges-Émile Tanguay.

Durant les années 1960, des modifications majeures ont été apportées au décor intérieur de l’église, sans pour autant trop en altérer la richesse. Ainsi, à la suite du concile de Vatican II[6] , les imposantes colonnes du chœur et les colonnettes des galeries latérales ont été retirées, tout comme les trois autels[7] , la chaire[8] et les lustres. Les colonnes de la nef perdent quant à elles leur effet de marbre. De plus, par souci de modernité, on change les escaliers en colimaçon menant au jubé pour un modèle plus simple et on recouvre le plancher de bois. En revanche, on conserve les bancs d’origine[9] , la balustrade, à l’exception de ses portes manquantes, ainsi que les boiseries soignées et les bancs du chœur.

Malgré tout, ces modifications ne font pas l’unanimité et sont grandement critiquées par les paroissiens. Bien que les éléments retirés n’aient pour la plupart jamais regagné leur place, les critiques auront fait leur bout de chemin : les lustres d’origine ornent à nouveau la nef.
La richesse des ornementations du décor intérieur de l’église de Saint-Ubalde est notoire et d’un grand intérêt. Les détails sont tels que les nombreux œils-de-bœuf ornant le plafond de la nef sont chacun décorés d’une toile circulaire. L’ensemble statuaire de plâtre a été conservé au fil du temps, tout comme le chemin de croix qui a pour particularité d’être constitué de tableaux sculptés. De plus, deux peintures ornent le chœur de part et d’autre de l’autel : le Christ en prière et le Christ portant la croix[10].

Autrefois, on retrouvait deux toiles de grands formats au-dessus des autels latéraux, l’Ascension de la Vierge et La Mort de saint Joseph. Celles-ci ont probablement été retirées au même moment que les autels.

Somme toute, l’église de Saint-Ubalde s’enorgueillie depuis 1999 d’une œuvre tout à fait unique : un Christ en croix sculpté en tilleul blanc, de l’artiste sculpteur Luc Laramée, ébéniste originaire de la Mauricie, qui domine l’arrière du chœur. En plus d’être une œuvre unique, ce Christ en croix dégage un caractère particulier par sa posture inusitée, semblant s’élancer vers les fidèles. Derrière, un faux-fini de ciel a été peint pour s’harmoniser avec les toiles de chaque côté.

Bien que l’église de Saint-Ubalde ait été construite selon un plan classique, dont la nef est divisée en trois vaisseaux et où un seul clocher domine la façade, elle est un magnifique exemple de l’architecture faste et somptueuse de Georges-Émile Tanguay à l’intérieur de ses portes.

À l’église de Saint-Ubalde, on y retrouve deux tableaux portant un titre unique, La traversée des âmes, aller ∞ retour, réalisés entre 2003 et 2005 par une artiste de Saint-Ubalde, Hélène Martin. Le premier symbolisant la vie, pour les naissances, est accompagner d’un arbre où est déposée une bougie pour chacune des naissances de l’année. Le second illustre des barques voguant sur l’océan vers l’horizon, symbolisant les âmes poursuivant leur route après la mort. Ce dernier est lui aussi accompagné d’un arbre où sont déposés des voiliers pour chacune des personnes décédées durant l’année.

L’église de Saint-Ubalde est un bel exemple en ce qui a trait à la réflexion sur la revalorisation du bâtiment religieux afin de faire une transition vers une seconde vocation. En effet, bien que l’église ait toujours une vocation religieuse[11] , les membres de la Fabrique, conjointement avec la municipalité, ont déjà amorcé un processus de réflexion afin de lui assurer une seconde vie.

À cet effet, depuis le 1 janvier 2018, l’église fait partie d’un plus vaste système de chauffage à énergie renouvelable mis sur pied par la municipalité, reliant par un réseau de conduits souterrains l’église, le presbytère, la salle paroissiale, le bureau de poste et l’hôtel de ville. De plus, depuis 2011 les bureaux de la Fabrique ont été relocalisés dans la sacristie, tout en conservant l’ensemble du mobilier de sacristie.

En 2019, tous les bancs d’origine de la nef seront vendus afin de faire place à un nouveau chapitre pour l’église de Saint-Ubalde. La Fabrique est d’ailleurs déjà en réflexion sur l’avenir du lieu et de sa prochaine vocation. Conjointement avec la municipalité, ils espèrent pouvoir y relocaliser la salle paroissiale, ainsi que la bibliothèque municipale dans les jubés[12] . De plus, on songe à y aménager un espace pour la lecture et un espace muséal afin de préserver et présenter le patrimoine religieux de l’église.

BOURQUE, Hélène et Paul Labrecque, Inventaire et évaluation patrimoniale des églises de la MRC de Portneuf : rapport d’expertise, [Portneuf] : Comité multisectoriel du patrimoine religieux de Portneuf, 2000, 1 vol. (pages multiples) : ill.
Colloque sur l’avenir du patrimoine religieux de Portneuf (2000 : Pont-Rouge, Québec), Un clocher, un village : actes du colloque sur l’avenir du patrimoine religieux de Portneuf, 27 mai 2000, Cap-Santé : MRC de Portneuf, 2000, 130, [26] p. : ill.
Comité des fêtes du centenaire de Saint-Ubald, Album-souvenir et historique du centenaire de la paroisse Saint-Ubald : 1860-1960, [Québec : s.n.], 1960], 90 p. : ill.
Glossaire, « Vocabulaire de l’architecture québécoise », Ministère de la Culture et des Communications du Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015, 76p., [En ligne], https://www.mcc.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/patrimoine/Glossaire_vocabulaire-architecture-quebecoise.pdf.
Inventaire des lieux de culte du Québec, « Église Saint-Ubalde », Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2012, [En ligne], http://www.lieuxdeculte.qc.ca/fiche.php?LIEU_CULTE_ID=7522.
LABRECQUE, Paul et Hélène BOURQUE, Les églises et les chapelles de Portneuf. Cap-Santé, Québec : MRC de Portneuf, c2000, 75p. : ill.
LAVIOLETTE, Guy, Saint-Ubalde de Portneuf : Album ’73, St-Romuald, Québec : Éditions Etchemin, 1973, 215 p. : ill.
MORISSET, Lucie K., « Tanguay, Georges-Émile », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , [En ligne], http://www.biographi.ca/fr/bio/tanguay_georges_emile_15F.html.
MRC de Portneuf, « Saint-Ubalde », MRC de Portneuf, 2017, [En ligne], https://www.portneuf.ca/amenagement-territoire/municipalites-constituantes/saint-ubalde/.
Municipalité de Saint-Ubalde, « Historique », Ville de Saint-Ubalde, 2013 [En ligne], http://saintubalde.com/municipalite/historique/.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Cousin, Paul », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=7398&type=pge#.W7ttgntKjIU.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Couvent de Saint-Ubalde », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=114943&type=bien#.W9uL9FVKjIU.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Église de Saint-Ubalde », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=114941&type=bien#.W7tpD3tKjIU.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Giroux, Alfred », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=10893&type=pge#.XBlJfNtKjIU.
SAINT-GERMAIN, Clément, Saint-Ubalde : 1960-1985, [Saint-Ubalde, Québec] : Comité des fêtes du 125e anniversaire, 1985, 41 p. : ill.
TESSIER, G.-Robert, et Gilles NAUD, Familles et patrimoine bâti de Saint-Casimir, Saint-Casimir, Société d’histoire et de généalogie de Saint-Casimir, 2003, 449 p.

[1] Hélène Bourque et Paul Labrecque, Inventaire et évaluation patrimoniale des églises de la MRC de Portneuf : rapport d’expertise, [Portneuf] : Comité multisectoriel du patrimoine religieux de Portneuf, 2000, p.

[2] Lettre de M. l’Abbé Georges-Chavigny De La Chevrotière, premier curé de Saint-Ubalde, probablement à l’intention des Mission du diocèse, vers 1872; voir Comité des fêtes du centenaire de Saint-Ubald, Album-souvenir et historique du centenaire de la paroisse Saint-Ubald : 1860-1960, [Québec : s.n.], 1960], p.21.

[3] C’est Alfred Giroux (1838-1909) de Saint-Casimir qui sera engagé pour les travaux des planchers, des combles, de la couverture, des fenêtres et des portes; voir Paul Labrecque et Hélène Bourque, Les églises et les chapelles de Portneuf, Cap-Santé, Québec : MRC de Portneuf, c2000, p. 67.

[4] Comité des fêtes du centenaire de Saint-Ubald, Album-souvenir et historique du centenaire de la paroisse Saint‑Ubald : 1860-1960, [Québec : s.n.], 1960], p.23.

[5] Paul Labrecque et Hélène Bourque, Les églises et les chapelles de Portneuf, Cap-Santé, Québec : MRC de Portneuf, c2000, p. 67-68.

[6] Le IIe concile œcuménique du Vatican s’est déroulé entre 1962 et 1965. Il s’agit de l’événement le plus marquant du XXe siècle pour l’Église catholique, puisqu’à l’issu de celui-ci l’Église catholique s’est davantage ouverte au monde moderne, aux progrès technologiques et aux différents mouvements d’émancipation.

[7] Une nouvelle table d’autel, taillée dans le granit de Rivière-à-Pierre, sera installée dans le chœur en 1978.

[8] Avant d’être retirée, la chaire aurait été déplacé du jubé latéral gauche au coin gauche du chœur. Des photos d’archives permettent de confirmer cette hypothèse, sans pour autant informer de la date de ce déplacement.

[9] De plus, l’église de Saint-Ubalde possède toujours le « banc du quêteux » d’origine, aussi appelé « banc du connétable » ou « banc du vire-chien ». Ce banc était réservé à la personne chargée de surveiller l’assemblée pendant les offices.

[10] Ces toiles en hémicycles sont toutes deux non signées et non datées. De plus, l’année exacte de leur installation est inconnue.

[11] On y célèbre désormais qu’une messe à toutes les deux semaines, alors qu’une adace – assemblée liturgique n’étant pas célébrée par un prêtre – est dite lors des semaines intercalaires.

[12] La bibliothèque est présentement située dans le vieux presbytère de Saint-Ubalde.

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