Le territoire que couvre aujourd’hui la ville de Portneuf a jadis été organisé selon deux municipalités, dotées chacune d’une paroisse distincte : Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (actuel secteur sud de Portneuf) et Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire (secteur nord, autrefois Notre‑Dame-de-Portneuf).

Dans les premiers temps suivant l’établissement des premiers habitants de Portneuf aux abords du fleuve, près de l’embouchure de la rivière Portneuf, une première paroisse est érigée canoniquement en 1861 : la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Portneuf est alors créée[1] . Cependant, avec le développement du chemin de fer, les habitants sont de plus en plus nombreux à s’établir en haut de la côte du « C »[2] . Ce secteur, plus au nord, prendra rapidement le nom de Portneuf-Station, en raison de la station du chemin de fer qui s’y trouve. Le 24 mars 1914, l’affluence de population à Portneuf-Station justifie la création d’une nouvelle municipalité, au nord de Portneuf : Notre-Dame-de-Portneuf[3] .

En 1923, les paroissiens de Portneuf-Station, toujours contraints de se rendre au sud de la côte pour assister aux offices religieux, décident de donner une nouvelle vocation à un vieux hangar afin d’en faire une chapelle. L’idée ne dure qu’une seule journée, car on préfère finalement construire une chapelle, en bonne et due forme. C’est ainsi que le 24 septembre 1923, le curé Léon Larochelle plante une croix sur les lieux[4] de la future chapelle de bois qui sera construite pour la modique somme de 800$ par Albert Julien et Joseph C. Julien. Le 8 décembre 1923, une première messe est célébrée dans la chapelle Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire, dont les travaux de construction ne seront terminés qu’à l’hiver 1924. En 1926, on finalise l’extérieur en installant un revêtement de planches à clin et en 1927[5] , les bancs de la chapelle sont réalisés par Émilien Giroux (1892-1935) de Saint-Casimir. Quelques années plus tard, en 1940, on agrandit déjà la chapelle pour y réaliser, entre autres, la voûte, en plus d’allonger le bâtiment par le chœur, de modifier les ouvertures et de remplacer le petit clocher d’origine par une tour en façade.

Le 9 juillet 1944, la foudre s’abat violemment sur la chapelle qui est alors endommagée par les flammes. Rapidement, les paroissiens se retroussent les manches et les travaux de réparation démarrent aussitôt. On en profite même pour effectuer à nouveau des travaux d’agrandissement : on ajoute un transept, ainsi que deux porches de part et d’autre de la tour du clocher.

Le 2 juillet 1957, c’est enfin l’érection canonique de la paroisse Notre-Dame-du-Très-Saint‑Rosaire[6] et, comme le budget de la fabrique le permet, on envisage par la même occasion la construction d’une nouvelle église. Il faudra toutefois attendre en 1964 afin que les plans de la future église ne soient présentés à la fabrique par l’architecte Gérard Malouin (1927-1966)[7] . Jugé trop dispendieux, le projet est abandonné trois ans plus tard et en 1969, l’architecte Louis Carrier (1917‑2007) propose à son tour un projet qui sera lui aussi refusé en raison des coûts de construction. L’architecte consent alors à modifier les plans initiaux et en 1971, les plans pour une église beaucoup plus modeste et moins chère sont acceptés. Les travaux débutent aussitôt au printemps de la même année et l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire est inaugurée au printemps suivant, en mai 1972. Il s’agit de la dernière église construite dans la MRC de Portneuf[8] .

L’église actuelle a été construite en annexe au presbytère, construit en 1957 par Sylvio Brassard (1898-1975)[9] . Le couloir qui reliait les deux bâtiments est aujourd’hui fermé, le presbytère ayant été vendu.

Si l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire ne se distingue pas par ses qualités architecturales, elle demeure un témoin important de la vie paroissiale de cette municipalité et du renouveau des tendances architecturales des églises au Québec à partir des années 1950.

Bien que l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire de Portneuf (secteur Notre-Dame-de-Portneuf) ne se démarque pas particulièrement sur le plan esthétique, il n’en demeure pas moins qu’elle est représentative du style prédominant des églises modernes construites après 1950 au Québec. Construite selon un plan architectural simple formé d’une seule nef rectangulaire, seul le campanile[10] , situé en saillie devant l’église, y déroge. Ses murs bas et sa toiture à faible pente à deux versants ne laissent que de petites ouvertures laissant passer la lumière. Toutefois, comme dans le cas de plusieurs églises modernes au Québec, pour augmenter la lumière naturelle, la principale ouverture lumineuse se situe à l’arrière de l’église, au‑dessus du portail. À l’époque, les églises modernes ont été conçues de façon à demeurer sobres et faciles d’entretien. Par conséquent, l’église de Notre-Dame-de-Portneuf n’a pas été construite selon des plans esthétiques, mais bien fonctionnels.

Le décor intérieur très épuré laisse la structure d’acier apparente : ces arcs en mitre[11] formés de deux segments « semblables à un boomerang »[12] ont été très courants dans la construction des églises durant les années cinquante, bien que l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire ait été bâtie en 1971. Les arcs ainsi formés donnent au bâtiment un aspect voûté caractéristique de l’architecture des églises, plus acceptable par « l’esprit conservateur de notre peuple qui [voulait] qu’un intérieur d’église soit voûté »[13] . L’ajout de lamelles de bois dans la nef ajoute un caractère chaud et de la texture au décor intérieur, apportant une touche d’esthétisme à l’église autrement d’apparence plus froide par les matériaux utilisés et le peu d’éléments décoratifs à l’intérieur.

L’église ne possède qu’un seul tableau, représentant Notre-Dame-du-Rosaire, réalisé en 1957 par sœur Saint-Vianney[14] . Sa forme en hémicycle s’explique par le fait qu’il était auparavant situé dans l’œil-de-bœuf du premier temple de la paroisse. Le mobilier liturgique de bois verni, comprenant entre autres l’autel, le tabernacle et l’ambon, est quant à lui l’œuvre de Joseph Galarneau (1924-2015), artisan de Portneuf, réalisé en 1972 pour l’église actuelle. L’église possède autrement pour seul orgue un orgue électrique de marque Rogers C-445 situé à l’avant près du chœur. Autrement, le chemin de croix ainsi que le statuaire sont sans intérêt particulier.

Somme toute, quelques éléments proviennent du premier temple, dont la statue de plâtre du Sacré-Cœur-de-Marie, la lampe du sanctuaire, la croix forgée surmontant le portique intérieur[15], les pieds de lampes, ainsi que la majorité des vases sacrés et bénits.

Les offices dominicaux ont toujours lieu à l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire, en plus de célébrations les mardis après-midi. Les activités de la catéchèse sont aussi données à l’église.

BÉLAND, Réjean. Portneuf et Portneuf-Station, [s.l.: Société historique de Portneuf, 1978], 19 p.

BOURQUE, Hélène. « Les églises catholiques et anglicanes de Portneuf : originalités, caractéristiques, situation d’ensemble », Un Clocher, un Village, Colloque sur l’avenir du patrimoine religieux de Portneuf (2000 : Pont-Rouge, Québec), 27 mai 2000, Comité multisectoriel du patrimoine religieux, Cap-Santé, Québec : MRC de Portneuf, 2000, 130 p. : ill.

BERGERON, Claude, L’architecture des églises du Québec. 1940-1985, Les Presses de l’Université Laval, 1987, 383 p.

BOURQUE, Hélène et Paul Labrecque, « Fiche d’évaluation : Église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire, Notre-Dame-de-Portneuf », Inventaire et évaluation patrimoniale des églises de la MRC de Portneuf : rapport d’expertise, [Portneuf] : Comité multisectoriel du patrimoine religieux de Portneuf, 2000.

CLERK, Nathalie et Claude Bergeron, « Architecture religieuse », L’Encyclopédie canadienne, 2015 [2008], [En ligne], https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/architecture-religieuse.

Comité du centenaire (Notre-Dame-de-Portneuf, Québec), Centenaire de Portneuf, 8-9-10-11-12 juillet 1961 : album souvenir, 1861-1961, [Québec (Province) : s.n.], 1961] (Québec : Des ateliers de l’Action Sociale, Ltée), 96 p. : ill.

GARCEAU, Claude, Marcel Réhel et Donald Vézina, « Les murs érigés en bois et leur revêtement », Culture et Patrimoine Deschambault-Grondines, 2019, [En ligne], http://www.culture-patrimoine-deschambault-grondines.ca/les-murs-eriges-en-bois-et-leur-revetement.php.

GIGNAC, Pierre et Jean-François Corbeil, Au dit-lieu de Portneuf, Saint-Raymond : Portneuf 1861 et Impressions Borgia, 2012, 352 p. : ill.

Inventaire des lieux de culte du Québec, « Église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire », Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2012, [En ligne], http://www.lieuxdeculte.qc.ca/fiche.php?LIEU_CULTE_ID=9515.

JULIEN, Henri, Notre-Dame de Portneuf : 1863, 1914, 1989, [Portneuf : Corporation municipale Notre-Dame de Portneuf, 1988], 319 p. : ill.

LABRECQUE, Paul, « L’avenir des églises dans la région de Portneuf », Le patrimoine religieux du Québec : entre le cultuel et le culturel, sous la direction de Laurier Turgeon, [Sainte-Foy, Québec] : Presses de l’Université Laval, 2005, pp. 333-346.

LABRECQUE, Paul et Hélène Bourque, Les églises et les chapelles de Portneuf. Cap-Santé, Québec : MRC de Portneuf, c2000, 75p. : ill.

MRC de Portneuf, « Portneuf », MRC de Portneuf, 2017, [En ligne], https://portneuf.ca/amenagement-territoire/municipalites-constituantes/portneuf/.

NORMAND, Gilles, « La cathédrale de Nicolet : l’œuvre de Gérard Malouin », Le Nouvelliste, vendredi 25 novembre 1966, p.18.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Brassard, Sylvio », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=8479&type=pge#.XOVlVjBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Carrier, Louis », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=12065&type=pge#.XNszfTBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Église du Bon-Pasteur », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=114431&type=bien#.XN1q-DBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Église du Bon-Pasteur », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=114431&type=bien#.XN1q-DBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Église Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=114848&type=bien#.XNsnbTBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Malouin, Gérard », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=21144&type=pge#.XN1l9TBKjIU.

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec, « Savard, Rosaire », Ministère de la Culture et des Communications, 2013, [En ligne], http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=12398&type=pge#.XNszfTBKjIU.

TESSIER, G.-Robert, et Gilles NAUD, Familles et patrimoine bâti de Saint-Casimir, Saint-Casimir, Société d’histoire et de généalogie de Saint-Casimir, 2003, 449 p.

TREMBLAY, Denis, « Caractères et tendances de l’architecture religieuse dans le Québec », Journal of the Royal Architectural Institute of Canada, XXIX, no. 7 (juillet 1952), pp. 228-230.

TREMBLAY, Denis, « Nouvelles Tendances de l’architecture religieuse au Québec », Journal of the Royal Architecture Institute of Canada, XL, no. 5 (mai 1963), pp. 51-54.

VALLIÈRES, Marc, Portneuf, Les régions du Québec. Histoire en bref :20, Québec : Presses de l’Université Laval, 2012, 198 p.

[1] Avant l’érection canonique de cette nouvelle paroisse, les habitants de Portneuf étaient rattachés à la paroisse Sainte‑Famille de Cap-Santé.

[2] La côte du «C» est une côte en forme de C qui séparait les habitants du village (sud) et de Portneuf-Station (nord), là où se trouvait la station de chemin de fer.

[3] En 2002, les municipalités de Portneuf et de Notre-Dame-de-Portneuf ont été fusionnées pour former la ville de Portneuf.

[4] La première chapelle est construite sur deux portions de terrains donnés par Mme John Ford et M. Armagh Savard.

[5] La même année, la rue Notre-Dame qui fait face à l’église est ouverte afin de créer un chemin direct vers le lieu de culte.

[6] La paroisse devient autonome par détachement de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Portneuf en 1957 lorsqu’elle est érigée canoniquement sous le vocable de Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire (Notre-Dame-de-Portneuf). Il s’agit de la dernière paroisse à avoir été érigée canoniquement dans la MRC de Portneuf.

[7] Gérard Malouin est connu pour avoir réalisé les plans de la cathédrale de Nicolet en 1961.

[8] À l’exception des travaux de reconstruction majeurs effectués à l’église de Saint-Marc-des-Carrières, de 1987 à 1988, à la suite d’un incendie qui n’a laissé que la façade d’origine de 1901.

[9]Sylvio Brassard est aussi l’architecte de l’église de Donnacona.

[10] Le campanile (tour du clocher) abrite trois cloches électrifiées dont seule la plus grave, donc la plus grosse cloche, fonctionne toujours.

[11] Arc composé de deux droites inclinées formant un angle.

[12] Claude Bergeron, L’architecture des églises du Québec. 1940-1985, Les Presses de l’Université Laval, 1987, 383 p.

[13] Denis Tremblay, « Caractères et tendances de l’architecture religieuse dans le Québec », Journal of the Royal Architectural Institute of Canada, XXIX, no. 7 (juillet 1952), p. 230.

[14] Sœur Saint-Vianney faisait partie de la communauté des sœurs de la Charité de Québec.

[15] Il s’agit de la croix qui surplombait le clocher de la première chapelle de Notre-Dame-de-Portneuf.

Projet réalisé par

Équipe

DIRECTION TECHNIQUE
AARON BASS

RECHERCHE
LAURA TROTTIER

RÉVISION DES TEXTES
ÉLIANE TROTTIER

PHOTOGRAPHIE
DENIS BARIBAULT

VISITE PANORAMIQUE
AARON BASS

INTÉGRATION WEB
SIMON PARADIS-DIONNE

Ce projet a été rendu possible grâce à